La vie quotidienne d'une famille nomade ayant choisi l'IEF comme voie d'épanouissement
Je me suis rendu compte que je n'avais pas écrit d'article pour raconter l'aventure dansée de Nathanaël en Calédonie !
Lorsque nous sommes arrivés sur le territoire en juillet dernier, nous pensions l'inscrire au Conservatoire, une valeur sûre, pour poursuivre son exploration de la danse classique. Or, je n'ai jamais reçu de réponse à mon mail mais mon copain Facebook m'a tout de suite suggéré une autre école de danse (comme c'est bien fait !) : L'Avant-Scène, fondée par Sthan Kabar-Louët. Je jette un oeil au site web et découvre que ce disciple de Maurice Béjart est tout simplement celui qui a créé le pôle danse du Conservatoire et est le chorégraphe référent sur le territoire. Il me répond aussitôt de venir avec Nathanaël pour un cours d'essai bien que nous soyons plus proche de la fin de l'année scolaire ici. Après un seul cours, nous sommes tous conquis. Sthan est chaleureux, pédagogue, précis, exigent mais tout en rondeur. Waaah ! Je ne pensais pas que ça existait dans le monde du ballet ! Quel soulagement. Le niveau est certes moins élevé qu'à Cheng Ballet Academy mais cela permet à Nathanaël de rejoindre sans noeuds à l'estomac son groupe d'âge, constitué d'une vingtaine d'enfants, 17 filles et 3 garçons. Les loustics deviennent aussitôt copains mais Nathanaël garde son sérieux car il a une chorégraphie déjà bien avancée à mémoriser.
En effet, un spectacle de grande ampleur se prépare : Sthan a décidé cette année de présenter La Bayadère, oeuvre de Marius Petipa sur une musique de Léon Minkus. Son ambition est de faire monter 150 élèves de l'école, de l'âge de Nathanaël aux adultes, de formation classique et moderne, pour une adaptation originale, avec la création des décors, des costumes, dans une salle hors norme permettant d'accueillir un large public, avec une scène faite sur mesure pour l'occasion. Un spectacle ambitieux dont le nectar est la venue de danseurs internationaux pour danser les rôles principaux : l'étoile Ksenia Ovsyanick et le soliste Denis Vieira, du Ballet d'Etat de Berlin, Elizaveta Kruteleva, première danseuse de l'Opéra d'Etat de Bavière de Munich, et dans un petit rôle, Zdenek Konvalina, ancien danseur principal du Houston Ballet, aujourd'hui danseur freelance, et époux de Ksenia (ceci explique cela...).
Le spectacle est prévu début novembre à l'Arène de Païta. Pendant des mois, les élèves de l'Avant-Scène répètent dans leur cours respectifs leurs parties tandis que les danseurs internationaux se préparent de leur côté.
Puis les tableaux sont mis bout à bout, d'abord dans le studio de l'école, ensuite dans un gymnase. Des figurants rejoignent aussi l'équipe. C'est un peu le chaos et on a du mal à imaginer comment tout va pouvoir se mettre en place en si peu de temps. Et pourtant, la magie opère. Patient ou agacé, Sthan en chef d'orchestre, a la vision précise du spectacle si bien que chacun finit par trouver sa place.
Les costumes sont ajustés, les chaussons teintées, les accessoires ajoutés. La pub commence à tourner.
Enfin, nous y voilà. J-5. Les danseurs internationaux sont arrivés, les répétitions à l'arène démarrent, il faut tout caler. Nathanaël est excité et nerveux. Il profite de son anglais fluent pour faire la connaissance d'Elizaveta, Ksenia et Denis. Nous avons le privilège de pouvoir assister aux répétitions aux premières loges, témoins d'une création.
L'interprétation de Ksenia incarnant Nikiya m'émeut aux larmes.
La Générale. Les enfants sont coachés comme les grands : échauffement, loges, habillage, accessoires... Des mamans, dont je fais partie aident les plus jeunes en coulisse. Je découvre l'envers du décor, ce qui est tout aussi intéressant.
Tout file bien.
Jour J. Je suis en coulisse pour la première représentation, afin de guider "le groupe des perroquets", comme Sthan l'appelle. Ils sont fin prêts.
Quelques secondes avant d'entrer sur scène en début d'acte II, Nathanaël se fait encourager d'un "merde" par Denis... auquel il ne sait trop quoi répondre ;)
Une grande respiration... et c'est parti !
En redescendant de scène, notre grand garçon a un large sourire et des larmes de bonheur qui font briller ses yeux. Il me dit "Maman, je veux faire ça encore et encore, tous les jours ! Quand les profs nous disent de sourire, on se force, ce n'est pas naturel, mais quand le public est devant toi, ça vient naturellement." Il est tellement heureux ! Et du coup je suis heureuse aussi :)
Chargé d'émotion, il dépose un gros hug à Denis, amusé.
Et c'est avec plaisir qu'ils remettent tous le couvert le soir suivant. Cette fois-ci, je savoure chaque tableau depuis les gradins, avec Joshua, qui, bien que la danse et la musique classique ne soient pas sa tasse de thé, est particulièrement touché par la tristesse du Brahmane. Il est aussi content de voir son grand frère sur scène mais ne tient pas le coup et s'endort au troisième acte.
Après le salut final et avoir remis sur scène un bouquet à Elizaveta, c'est avec tristesse qu'il quitte l'arène et ses compagnons, avec ce sentiment de vide. La féerie s'arrête...
Il salue Denis une dernière fois et reçoit moult encouragements.
Et Sthan leur fait la promesse de continuer à les faire danser, à les faire rêver...