La vie quotidienne d'une famille nomade ayant choisi l'IEF comme voie d'épanouissement
Notre première visite culturelle de l'année a eu lieu au LaM, le musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut de la métropole lilloise, pour une exploration guidée de l'exposition temporaire "Chercher l'or du temps".
En référence à une citation du chef de file du mouvement surréaliste, André Breton, cette recherche de l'or du temps proposée par le musée entrecroise les œuvres d'artistes reconnus et celles d'autodidactes méconnus, créateurs d'art brut, brouillant ainsi les frontières de l'art, la hiérarchie, les premiers puisant même leur inspiration dans l'aculture et une forme de pureté des seconds.
Pour promener nos regards sur cette collection hybride, Aymeric nous guide. Après avoir fait connaissance avec le groupe, présenté un peu l'histoire du musée, il nous interroge en prémices de l'exposition sur ce qu'est pour nous l'art, les formes qu'il peut prendre, les supports utilisés. Puis notre parcours commence, ponctué par l'ouverture de boîtes à trésor. La première contient un pendule, objet ésotérique qui va nous donner une direction et apporter une dimension magique, mystique à ce début de visite qui nous plante face au portrait de La fille de Jaïrus d'Elise Müller (1913). Aymeric nous fait deviner comment le tableau a été composé avant de nous révéler les coulisses de sa création et de nous faire percevoir l'intensité du regard, collé sur nous, de la jeune fille.
Dans la salle suivante, nous faisons plus ample connaissance avec Jean Dubuffet, négociant de vin fortuné en quête des racines de l'art, à l'écart des institutions. Père de ce qu'il nomme "l'art brut", ses recherches mènent auprès des créateurs isolés, des marginaux, ceux pour qui l'expression artistique est une véritable nécessité, dans les asiles, dans les prisons.
Un peu plus loin, une nouvelle boîte s'ouvre sur un pan de bois, que Loïs est invitée à frotter à la mine contre une feuille pour réaliser une empreinte, à l'image des représentations affichées au mur de Max Ernst, issues de son recueil L'Histoire naturelle (1926). L'envie des surréalistes est d'aller vers une forme plus spontanée et libre de l'expression, de se détacher des influences culturelles et de laisser parler davantage l'inconscient.
Nous prenons place ensuite au pied du Palais Idéal de Joseph Ferdinand Cheval. Plusieurs personnes du groupe ont déjà eu l'opportunité de visiter ce lieu emblématique de l'art brut. C'est une pierre qui sort naturellement de la boîte suivante, un trésor qui va permettre à ce facteur de concevoir 33 années durant un monument unique. Nous écoutons avec attention Aymeric nous conter son histoire, que nous découvrirons plus en détail de retour à la maison dans le film L'incroyable histoire du Facteur Cheval.
Nous faisons un bref coucou à L'âne pourri de Salvador Dali avant de rejoindre la création effrayante d'Auguste Forestier. Jeune fugueur interné à l'hôpital de Saint-Alban en Lozère, ses créations lui permettent quotidiennement de s'échapper autrement. La psychiatrie vit une révolution. La boîte à trésor nous révèle un morceau de semelle de chaussure qui nous invite à observer de plus près les matériaux utilisés dans la conception de cette bête inspirée de celle du Gévaudan. Bois, chambre à air, cuir, courroi... des matériaux bruts du quotidien. Aymeric nous lit ici un poème écrit par Paul Eluard, qui se cacha avec sa femme quelques mois dans cet hôpital, refuge pour les fuyards et les résistants pendant la Seconde guerre mondiale. Il y trouva une source d'écriture.
«Trois cents tombeaux réglés de terre nue/ Pour trois cents morts masqués de terre/ Des croix sans nom corps du mystère/ La terre éteinte et l'homme disparu/ Les inconnus sont sortis de prison/ Coiffés d'absence et déchaussés/ N'ayant plus rien à espérer/ Les inconnus sont morts dans la prison / Leur cimetière est un lieu sans raison.»
Nous finissons la visite de l'exposition par un objet issu de la collection d'art brut d'André Breton, un portrait de La Reine Victoria en coquillages dans son jus de tabac d'époque, réalisé par Pascal-Désir Maisonneuve. Cette création caricaturale sera le sujet d'inspiration pour le petit atelier qui s'ensuivit, sous forme de découpage et de collage.
Nous avons passé un excellent moment en compagnie de notre guide, doté d'une fantaisie qui nous a permis d'appréhender agréablement une période, des mouvements artistiques, des procédés de création et de mettre des œuvres en relation. Un grand merci à lui ! Nous préparons déjà notre prochaine visite, autour de l'artiste Isamu Noguchi.