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La vie quotidienne d'une famille nomade ayant choisi l'IEF comme voie d'épanouissement

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6 ans plus tard...

L'une de mes amies enseigne le français dans un lycée hongrois possédant une section bilingue. Au programme du bac, l'éducation. Vaste sujet au sein duquel trouve sa place l'IEF (si si, dans un petit coin là-bas près du radiateur !). Aussi mon amie m'a demandé d'intervenir dans deux de ses classes pour répondre aux nombreuses questions de ses élèves, intrigués par cette pratique secrète (si pas inexistante) en terre magyare.

"Madame Bénédicte" a tout d'abord collecté la trentaine de questions de ses étudiants et les a compilées en catégories touchant à l'organisation quotidienne, à la pédagogie et à la socialisation. J'ai pu ainsi les parcourir en avance et constater qu'elles étaient "classiques":

Pourquoi avez-vous choisi l'école à la maison ? Quelles difficultés rencontrez-vous ? Quel est le rythme de travail ? Gardez-vous du temps pour vous ? Comment évaluez-vous le niveau scolaire ? Suivez-vous un programme officiel ? Qui contrôle la façon dont vous enseignez ? Comment font les parents qui n'ont pas de formation d'enseignant ? Vous n'avez pas peur que vos enfants ne se socialisent pas ? Comment vos enfants trouvent-ils des amis ? etc.

J'ai aussi pu constater que j'étais à présent capable de répondre à ces questions, avec confiance et aisance, les doutes qui pouvaient encore me trotter en tête en tout début de parcours ayant été levés avec la pratique. Je n'ai donc rien préparé de particulier pour cette intervention si ce n'est un petit photo-montage pour leur présenter les enfants en activité, à défaut de les emmener en bandoulière dans mon sac (possibilité qui m'avait d'ailleurs sur le moment effleurée et qui les aurait ravis... et puis rapidement je me suis dit que ce ne serait pas évident du tout à gérer. Je les ai imaginés jouant à cache-cache sous les tables ou escaladant les casiers... C'est bien des photos aussi ! ).

C'est pendant l'heure de train qui me menait vers ce lycée de la campagne hongroise que j'ai pu mettre en forme cette réflexion sur le choix d'éducation que nous avons fait et qui a donné une tournure singulière à notre vie.

Le premier groupe se composait d'une dizaine d'élèves. Je me suis présentée, ai parlé de ma vie avant d'être maman et leur ai fait un petit historique de ce qui nous avait amenés à ce choix de l'IEF (pour rappel, lire l'article "Au commencement..."). J'ai choisi d'orienter mes propos de manière positive : d'énoncer les "bonnes" raisons plutôt que d'incriminer le système scolaire, d'en pointer tous les défauts (d'autant que mon intervention était en milieu scolaire, face à des étudiants en fin de scolarité ! Ca aurait été un peu déplacé...). Et cette conviction positive a été payante puisqu'après 45 minutes et le retentissement de la cloche, le premier groupe a souhaité poursuivre l'échange et assister à l'intervention avec le second groupe. J'ai donc repris plus brièvement ma présentation et ai projeté le montage photos. Une étudiante du second groupe m'a aussitôt dit, les yeux emplis d'étoiles, qu'elle trouvait cela formidable. Ouf ! J'ai donc pu poursuivre en terrain favorable 45 minutes de plus.  Le temps a filé, les questions ont défilé,... et j'ai réalisé que je pouvais disserter sur le sujet sans fin !!!

Mais voici les idées clefs que j'ai partagées avec ces jeunes, futurs adultes, futurs parents.

Pourquoi ce choix ? (cela ne concerne que notre famille !)

A cette question, je réponds par d'autres questions que je me suis posées : pourquoi confier à d'autres ce que l'on peut faire soi-même ? On délègue les choses par manque de temps, par manque d'intérêt, par manque d'argent, par manque de compétences. Aucune de ces raisons ne me concerne, je peux donc choisir d'éduquer et d'instruire mes enfants moi-même !

Pour moi, la vraie question est de savoir ce que l'on choisit de placer au centre de sa vie. Pourquoi faisons-nous un enfant ? Parce que c'est inscrit dans nos gènes depuis la nuit des temps, que notre espèce a besoin de se reproduire pour survivre ? C'est peut-être encore le cas mais notre cerveau a je pense aussi évolué pour se permettre une réflexion plus philosophique. Donner naissance à un enfant et le voir grandir, le guider pas à pas, vivre à ses côtés, voir éclore sa personnalité et devenir un homme. Ne nous sentons-nous pas  vivant au travers de ce que nous façonnons, de ce que nous créons, de ce qui laissera une trace, apportera une évolution dans ce monde ? Et quelle plus belle création que la vie ?! J'ai choisi de donner la vie et d'assumer les premières esquisses de l'oeuvre ! J'ai choisi de ne pas confier les précieuses années d'enfance de Nathanaël et Joshua à l'Etat, de garder les plus beaux moments pour moi !

L'essentiel est d'avoir du plaisir dans ce que l'on fait. Et ce choix nous apporte à tous aujourd'hui du plaisir. 

Témoignage de Nathanaël : "A l'école, on ne vous verrait pas. Là, on peut faire des choses avec vous : aller dans des salles de jeu parce qu'il y a des choses différentes de la maison, faire des bricolages, du jardinage, regarder des dessins animés et des documentaires, dessiner... On découvre des choses : des gens dans la rue, dans les musées, que la Terre tourne, les mois, à compter, à dessiner, à lire... "

Le plus difficile ? Trouver le juste équilibre, sa place d'individu, sa place de couple, sa place d'enfant dans la cellule familiale. Il faut savoir se remettre en question régulièrement quand les choses déraillent, prendre du recul, analyser, pour pouvoir se remettre en bonne voie. Concrètement, j'ai recours aux services d'adorables baby-sitters, soigneusement sélectionnées (et conquises désormais par l'IEF !) auxquelles je confie mes enfants en toute confiance quelques heures par semaine pour répondre à mes besoins personnels ou à nos envies de couple. La famille serait aussi un recours si nous n'étions pas si loin de notre patrie d'origine... Les amis sont également ponctuellement réquisitionnés !

Ainsi, je ne me proclame pas l'unique passeuse de savoirs de mes enfants. Leur papa bien sûr occupe une place primordiale. Mais aussi chaque personne qui entre dans leur vie : une grand-mère, un arrière-grand-père, un oncle, une cousine, un ouvrier, une voisine, un ami, une baby-sitter... Chacun apporte son influence, sa brique à l'édifice humain. Et lorsque la question de la connaissance-toute-puissante tombe, je réponds simplement que mon objectif n'est pas de TOUT enseigner car je ne possède pas TOUTES les connaissances du monde ! Qui les possède d'ailleurs ??? Mon but est dans ces premières années d'accompagner mes enfants dans l'apprentissage de la lecture et de l'écriture avant tout, de leur transmettre des savoir-être et des savoir-faire, de les amener à l'autonomie afin qu'ils soient en mesure d'effectuer eux-mêmes des recherches, d'aller trouver seul sles informations dont ils ont besoin, où qu'elles se trouvent : dans des livres, sur internet, auprès d'un expert sur le sujet... Comme l'a conclu une des étudiantes, je veux leur apprendre à apprendre.

"On n'a donc pas besoin de professeurs ?" (question un peu embarrassante devant mon amie...). Je nuancerais en disant qu'un professeur n'est pas indispensable, il est une ressource comme une autre, un outil d'accès au savoir, parfois le meilleur, parfois pas.

Et ce que nous apportons à nos enfants, les enfants nous le rendent largement ! C'est un apport mutuel. Une sortie au marché ou à la Poste prend une tout autre tournure avec un enfant (voir l'article "Qui aime bien nourrit bien") ). Nous sortons de l'anonymat, les contacts humains sont plus riches et agréables. Par leurs remarques naïves ou leurs questions pointues, les enfants nous ouvrent les yeux sur la vie, lui donne une saveur que l'on n'avait pas encore goûtée. La curiosité est contagieuse ! Et c'est cette curiosité innée chez l'enfant que je veux préserver. Je veux les laisser aller au-devant des savoirs, par le chemin qu'ils choisiront ou que la vie étalera devant nous.

"Eduquer, ce n'est pas remplir un vase, c'est allumer un feu." William Butler Yeats

Je dirais même que c'est attiser un feu qui est déjà allumé ! Car l'enfant est en éveil permanent. Et s'il a la chance de pouvoir suivre ses centres d'intérêt en passant par tous les détours qui lui plaisent, alors le feu ne s'éteindra pas, l'étincelle de la curiosité sera toujours là pour l'aviver et alimenter son esprit. Mais apporter des réponses et des savoirs à des enfants avant même qu'ils ne se soient posé de question, voilà qui réduit, selon moi, à l'état de cendres la vivacité de l'esprit enfantin et fabrique des adolescents éteints.

Aujourd'hui, je suis la personne ressource privilégiée de mes enfants, demain ce sera peut-être leur papa. Nous nous adapterons en chemin. Toujours une question d'envies et d'équilibre, avec un maître mot : la confiance.

Quant à la question de la socialisation, je ne redévelopperai pas, cet article d'une maman pratiquant l'IEF est  juste formidable : http://apprendrealairlibre.wordpress.com/2012/09/05/mon-dieu-jai-oublie-la-socialisation/

J'ajouterais simplement la réponse de Nathanaël à la question : "Comment se font-ils des amis ?"

" On rencontre des gens qui parlent français, hongrois, dans différents pays et on devient amis ! Je ne sais pas trop l'amitié comment ça se fait... On a des amis, oui : Gabriel (8 ans), Michaël (32 ans), Julienne (5 ans), Angèle (6 ans), Justin et Hector (3 ans), bébé Alice, bébé Capucine, Héloïse et Agathe... "

Entre les goûters, les anniversaires, les salles de jeu, les parcs, les séances de lecture à la librairie, les activités sportives, les visites pour les vacances, les moments de rencontres et d'amitié ne manquent pas !

  

Au terme de cette intervention, qui m'a permis de faire personnellement le point sur notre vécu, les retours reçus par mon amie ont été positifs. Mon but n'était pas de convaincre mais d'informer et de témoigner de cette pratique (de notre pratique), de cette possibilité. Mais il semble que j'aie néanmoins fait quelques adeptes dans le groupe...

Merci à Bénédicte pour cette opportunité, son chaleureux accueil et son ouverture d'esprit.

 

 

  

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C
Merci Céline ! Ton blog est devenu mon chouchou, je prévois de lui faire une petite place sur le mien dans la section lien
C
Merci pour ce renvoi qui me va droit au coeur. J'aime beaucoup tes réponses à la question : Pourquoi ? Elles sont si claires, si limpides....