La vie quotidienne d'une famille nomade ayant choisi l'IEF comme voie d'épanouissement
Nathanaël aime collecter les emballages, les cartons, en vue de futurs bricolages, ou pour alimenter son magasin, dont je vous ai déjà parlé ici. Profitant que je sois occupée au téléphone, il a décidé de booster son commerce en le relocalisant... dans la chambre d'amis. C'est ainsi que j'ai découvert le nouveau "Pâquerette", magasin d'alimentation, riche et ordonné : dans un bac, les produits frais, sur l'étal de devant les denrées non périssables et les boissons. Sur le comptoir, une nappe et la caisse enregistreuse.
Jusque-là, cette caisse, dotée d'un lecteur de codes-barres et d'une calculatrice intégrée, ne servait qu'à faire bip bip comme pour de vrai. Mais face au sérieux du gérant du magasin, j'ai compris qu'on allait parler argent à présent. Alors je lui ai demandé s'il fallait payer en forints ou en euros. Il a opté pour un libre choix du client. Et comme il n'a aucune notion de la valeur marchande des produits (excessif dans un sens ou dans l'autre), je lui ai proposé de faire une recherche sur internet pour connaître les prix moyens des aliments et réaliser une affiche pour son magasin. Il pensait au départ utiliser les forints comme référence, cela étant plus cohérant dans notre quotidien. Mais quand il a constaté qu'on parlait pour le moindre article en centaines ou en milliers de forints, il s'est tourné vers les euros (qui ont aussi du sens car étant la monnaie de nos vacances dans de nombreux pays étrangers). Et ça tombe bien, car ce sont des euros que nous avons comme monnaie-jouet.
Bienvenue !
Pour aller jusqu'au bout de la démarche, Nathanaël a souhaité afficher ses jours et horaires d'ouverture. Il ne chômera pas la semaine mais aura ses week-ends libres, ce qui le ravit !
J'ai donc été la première cliente du magasin et lui ai montré comment additionner le prix des articles avec le signe + et comment obtenir le total avec le signe =. Découverte rapidement intégrée. Facile avec la caisse enregistreuse de calculer !
Mais c'est une autre histoire quand on n'en a pas... Histoire d'un apprentissage, ou comment une conséquence devient un tremplin mathématique ! Nous avons instauré une nouvelle règle à la maison : chaque fois que les enfants prennent une de nos affaires sans nous en demander la permission, alors nous leur prenons un de leur jouet pour une durée indéterminée. Parce que flûte de zut à la fin ! On a beau demander et expliquer, ça ne rentre pas. Donc après l'enlèvement du camping-car Playmobil et du dinosaure marin, c'est la caisse qui s'est fait kidnapper, ne manquant pas de mettre Nathanaël en colère. (cela dit depuis, mes affaires ont la paix :))
Nous y avons vu là aussi une opportunité de lui enseigner les additions. Au début réticent, imaginant un procédé trop compliqué pour lui, aussitôt les premiers chiffres tracés sur le papier et la somme trouvée, il a été conquis et a voulu en refaire ! Il a d'abord fallu se réentraîner à l'écriture des chiffres, qui était enfouie dans un coin, mais après un petit rafraîchissement dans son cahier d'écriture, c'était bon.
Pour cette initiation au calcul, je lui ai proposé une approche concrète : représenter chaque euro par un bâton sous le chiffre et les compter pour obtenir le total.
Les additions se sont allongées au fur et à mesure que les articles se sont accumulés sur le comptoir. Mais pas de souci, la méthode a continué à faire ses preuves. Et par le bouche à oreille, d'autres clients sont venus faire leurs emplettes au magasin...
"Bonjour Madame ! Alors : du jus d'orange, des oeufs, une barquette de fruits, des glaces... qui nous font 10 euros ! Merci Madame !"
Et puis en route vers l'abstraction, Nathanaël a assimilé qu'il pouvait mettre le premier nombre "dans sa tête", sans tracer les bâtons et dénombrer seulement les suivants. Et si on n'a pas de crayon et de papier, les doigts peuvent remplacer les bâtons... wouahhh !! Ca a quelque chose d'accrobatique et de magique en fait les maths !
Je pense qu'il est nécessaire de s'attarder un moment sur cette étape concrète pour saisir le sens du calcul avant de passer à l'abstraction complète et à la mémorisation de sommes.
(Et pendant ce temps, à Vera Cruz... les affaires ne marchent pas très bien car tout est gratuit et la gamme de produits est... plus éclectique ! Alors... à votre bon coeur messieurs-dames !)